Les enfants de la poubelle

C'est un tableau un peu bancal entre l'obscur et des échappées de lumières. Quelque chose qui se joue dans les chagrins du soir, les révoltes et la joie de manipuler entre ses doigts et entre son cœur un peu de couleurs et de textures variées. Une enfance en grains de semoule ou en morceaux de pâte à modeler. Certains enfants du rivage trouveront leur chemin, le retour à la maison ou dans une famille accueillante. Même si rien n'est parfait une place leur sera offerte. Parfois dans une grande fêlure qui se comblera peut-être peu à peu, ou dans une crasse qu'il devront tenter de réduire si cela est possible.
D'autres enfants sont ceux dont personne ne veut ou ne peut leur faire une place, ni au soleil ni au creux du vent. Dans certains pays ils meurent seuls dans la rue ou croupissent au fond d'une pièce nue et sale. Les enfants de la poubelle sont rarement trouvés dans une poubelle au sens propre, mais dans la misère et la violence de notre monde, dans le marasme d'adultes en perdition. Ils arrivent en dérive, sauvages et démunis, déficients et envahis de troubles, sans mot, juste avec des cris. Ils se travestissent souvent de tous les miasmes possibles, de tout ce que leur corps peut excréter.
Le dernier arrivé n'a jamais eu de maman et s'accroche désespérément à toute personne qui le prend en charge. Balloté de gauche à droite, il atterrit comme un naufragé sur notre "île-poubelle"... dorée ou édulcorée autant que faire se peut. Loin d'être inerte ce petit bonhomme de 3ans passés s'inscrit dans tout ce qui peut faire que l'adulte est obligé de s'occuper sans cesse de lui. Il répète parfois "mam-mam" et l'on ne sait s'il veut dire"maman" ou "miam-miam" s'il demande des câlins ou à manger.
Les enfants de la poubelle posent des défis inouïs de problèmes médicaux et psychiatriques, rien n'est plus long que de leur tisser une ébauche de destin acceptable, que de leur faire une place en ce monde. Ils font parfois peur ou inspirent la pitié. Il faut protéger les autres enfants de leur indéniable pouvoir de survie et de défense.
Peu à peu il se posent et apprennent, malgré les aléas de leur triste existence, et c'est ce qui me fait croire en eux.
Photos empruntées