Le champ des sources

Ce n'était qu'une simple route entre des murets de pierres amassées au cours des ans dans les champs environnants. L'une après l'autre au gré du vent et des nuits qui semblaient les déposer.
Je n'avais jamais rêver de cailloux ni de pierres. Mais cette nuit là mon rêve m'accompagna sur un pont au dessus de touffes d'herbes grasses et de joncs. Un pont de pierres grises qui enjambait un ruisseau et reliait une maison à une autre. Un pont étroit, irrégulier, légèrement cambré comme ceux des montagnes.
Le jour ne s'était pas encore levé lorsque je passais le pont, et je m'aperçus qu'il pleuvait en abondance. Ce genre de pluie épaisse et rageuse apte à lever la violence des eaux. Plus j'avançais, plus l'eau coulait, impétueuse. Mes pieds se mouillaient mais je savais que le pont me gardait hors de danger. L'aurore commençait à poindre. Sous un dernier rayon de lune ce que je vis d'un côté du pont me laissa émerveillée. Le champ d'herbes grasses et de joncs était tissé de mille sources.
Elles n'avaient pas l'ampleur des inondations qui emportent les hommes et leurs maisons. Elles étaient douces puisque des sources, lumineuses puisque sorties du ventre de la terre et enfantées sous le ciel. Les sources portaient chacune un mystère ou un message, un chant particulier qui les distinguait des autres sources. Les unes chuchotaient, d'autres psalmodiaient, les plus petites riaient tendrement, et d'autres encore presque en silence laissaient transparaître une force vive contenue dans leur flux calme et régulier. Je m'étonnais de cette beauté et ne me lassais pas d'admirer la magie des eaux. Je laissais le jour poindre avant de m'éveiller. Une source s'échappa de mes yeux.
Feuille