Le marais des fées

Ile Tascon face à Montsarrac dans le golfe du Morbihan
Un chant étrange soufflait sur les marais. Celui des fées à l'aube de l'année. Elles se faisaient discrètes passant d'une île à l'autre, chuchotant des messages sur la solitude des lieux. Ce jour là, seuls se pressaient les lutins entre les herbes et les rochers. La marée avait recouvert les étroits passages au ras des flots, le butin des casiers de pêche, dans ce labyrinthe qui chante au printemps, en été, et se tait en hiver. Une femme en rouge et noir errait à la recherche d'un ami perdu. Elle avait égaré sa trace depuis si longtemps déjà qu'elle ne pourrait maintenant plus le reconnaître. Elle ne savait sur quelle île il pouvait habiter. Le golfe et ses marais est un monde enchanté. Quand on s'y perd il paraît plus grand que la terre. Seul un habitant des lieux, un pêcheur ou un batelier pouvait y retrouver son chemin. Les îles sont pourtant presque toutes habitées, estivales, privées, protégées, domaines de pêche ou de vacances, repaires d'artistes ou de rêveurs de bonnes mains. Mais l'ami n'avait peut-être fait qu'y passer à ses heures. Elle ne saurait jamais où s'en sont ses souhaits germés, ni quel jardin il avait dans son cœur.
Il savait expliquer les contes de fées aux enfants et leur traçer des aventures, avec des signes sur le chemin et des trésors en bout de course au creux des murs... Sur une île un peu plus loin sur l'océan, entre les étoiles et la grande ourse. Elle se souvenait avec une telle précision de son regard ému face aux yeux expressifs ou étonnés des gamins. Elle revoyait son sourire complice et ne pouvait pas se l'imaginer vieillissant sous la grisaille du ciel. Elle entendait encore son rire chaleureux se répercuter sur les eaux et les rochers. Le ciel était toujours bleu sur l'île en ce temps là. En tendant les bras ils pouvaient presque le toucher. On avait planté près de la mer des tentes aussi grandes que des chapiteaux de cirque. Les enfants pouvaient jouer en liberté sur les plages secrètes des criques. Et quand venait le soir ils s'asseyaient en cercle silencieux sous les étoiles pour écouter des histoires magiques.
Les volets de la petite maison au loin était fermés. Avait-il pu y passer des jours ou des années? Les
fées tirèrent une grande fresque de nuages et des lambeaux de nuit.
Elle les entendit chanter dans le bois voisin à la manière des enfants
d'autrefois.

Il faisait froid, le soir tombait déjà. Les herbes drues se coulaient doucement sur l'onde. Elle partit à regret sur la route renonçant à chercher dans les failles du passé. Elle garderait simplement tous ces instants présents qui se croisent sans fin, pour se rappeler qu'entre les îles et le continent se coulaient les plus beaux jours du monde.
Feuille
Marais de Monsarrac (golfe du morbihan)